![]() L'équipe de Stratégie Logistique est consciente qu'information et formation entretiennent des liens étroits. De nos fréquents contacts avec notre lectorat il ressort le besoin de produire du 'pratique' et de faire que notre travail soit le plus descriptif possible afin d'aider chacun dans sa connaissance et ses mises en oeuvres. |
Le marché du froid a ses contraintes qui s’appliquent à tous les maillons de la chaîne. Le logisticien spécialisé dans ce domaine se doit de les respecter à la lettre, de l’entreposage à la livraison en passant par le transport. Un marché complexe qui se concentre et qui attend la reprise.
Agro-alimentaire, pharmaceutique, cosmétologie, fleuristes… de plus en plus de secteurs d’activité font appel à une logistique du froid. «Nous avons des demandes de la part de laboratoires pharmaceutiques pour des produits qui auparavant se transportaient en température ambiante et qui aujourd’hui réclament une température ”contrôlée” », constate Philippe Cousseau, directeur de la stratégie et de la logistique de Nexia, entreprise de transport frigorifique, au chiffre d’affaires dédié à la logistique de 29 millions d’euros en 2005, sur ses 200 millions de chiffre d’affaires total.
Avec l’externalisation croissante de la part des industriels, les prestataires spécialisés dans le froid ont de beaux jours devant eux. « Il y a quelques années la question ne se posait même pas. Aujourd’hui, au moment d’investir, ils se demandent s’il ne vaudrait pas mieux se focaliser sur leur cœur de métier », ajoute Philippe Cousseau. Il y a peu, Nexia réalisait l’acquisition de Frimaco, spécialisé dans le stockage et la distribution en froid négatif.
Avec les rachats d’ACR par Küehne + Nagel, de Cryologistics et de Cavalieri par Stef-TFE, la concentration du marché se poursuit. « C’est inéluctable, affirme Jean- Pierre Sancier, directeur général adjoint chez Stef-TFE. Ce n’est pas de notre fait. Le marché n’étant pas globalement en croissance, les opérateurs industriels et de la distribution souffrent et cherchent de nouveaux leviers de croissance en se concentrant. Nous, au milieu, devons aussi faire la même chose.
Un phénomène qui est loin d’être fini ». Le groupe affiche en 2005 une stabilité de son activité avec un chiffre d’affaires de 265 millions d’euros pour l’activité logistique en France sur un total de 1,5 milliard pendant que son principal concurrent, Küehne+Nagel annonce 120 millions pour la logistique en température dirigée sur 800 millions pour le total de son activité « avec 12 sites sur ce secteur et 150 000 m2 d’entreposage pour la France », signale Patrick Pépin, le président de Küehne+Nagel, logistique France.
Philippe Cousseau évoque quant à lui une autre raison à la concentration actuelle du marché : « Beaucoup de dirigeants actuels sont en effet proches de l’âge de la retraite et devront céder leur entreprise de transport en denrées périssables. Il y a très clairement des opportunités de croissance externe à venir ».
Concentration, externalisation, croissance modérée… mais le marché du froid se caractérise également par l’ensemble des contraintes qui le régit. La température elle-même est une contrainte. « La technique de production du froid amène déjà de nombreuses questions car la réglementation évolue, explique Bruno Duquenne, directeur général de Stef-TFE. Le fluide naturel utilisé jusqu’à maintenant pour les températures négatives était l’ammoniaque, mais les autorités françaises l’ont un peu dans le collimateur, alors que tous les autres pays européens l’ont adopté.
Nous avons donc réfléchi à une autre technique avec le fréon, mais là aussi il y a un problème : on a le droit de l’exploiter mais pas d’en produire car en cas de fuite, il a un impact sur la couche d’ozone. Il sera interdit d’ici 2014. D’autres fluides de substitution ont donc été étudiés mais ils provoquent un effet de serre… Les discussions semblent sans fin sur le sujet.
Pour le froid positif, la problématique est la même puisque si on n’utilise pas, dans ce cas-là, de l’ammoniaque, on utilise du fréon. Là aussi, il faudra bien s’en préoccuper préoccuper un jour ou l’autre ». La nature des marchandises dont s’occupent généralement ces logisticiens est aussi source de particularités. Dans l’alimentaire ou la pharmaceutique ou même pour les fleurs, la rotation des produits, les délais et les fréquences, plus rapides, sont à prendre en compte. Le contrôle de la température dans l’entrepôt, sur les quais au départ et à l’arrivée, pendant le transport, etc. est également indispensable pour assurer et rendre compte d’une chaîne du froid non rompue. Que ce soit pour la traçabilité des produits, le sondage de la température, les conditions de travail des employés ou tout simplement pour une gestion efficace de toute cette logistique, les entreprises ont recours à des systèmes d’information spécifiques qu’ils développent pour la plupart eux-mêmes pour répondre au mieux aux attentes de leurs clients. «
Les évolutions techniques et technologiques sont permanentes pour une amélioration des process, de la relation avec le client et de l’information qu’on lui donne et aussi pour améliorer tout ce qui touche à la garantie de qualité et de traçabilité », assure Jean-Pierre Sancier.
De l’avis de tous, la principale contrainte est pécuniaire : « le poids financier de l’investissement dans ce domaine de la logistique est très important, car spécifique, tant pour l’immobilier que pour le transport. Ils demandent une grande attention au moment de la conception et de l’achat mais aussi quand il s’agit de l’entretien et de la surveillance.
La différence d’investissement entre le grand froid et le sec peut atteindre un rapport de 1 à 5 ». De quoi décourager de potentiels nouveaux entrants et faire prospérer les plus gros…
Une enquête d' Eloise Leydier pour le Journal de la Logistique